Écoles fermées : les enseignants du privé galèrent

Article : Écoles fermées : les enseignants du privé galèrent
21 mai 2020

Écoles fermées : les enseignants du privé galèrent

La fermeture des écoles frappe durement les enseignants des écoles privées. Cela fait près de deux mois que ces travailleurs ne reçoivent ni salaire ni aucun autre accompagnement.

Fonctionnant sur la base des subventions et des frais d’étude que leur accordent l’État ou les parents d’élèves, les écoles privées du Mali traversent une période difficile. Bien avant la confirmation des premiers cas de Covid-19 le 25 mars 2020, le Conseil supérieur de défense a décidé de la fermeture de toutes les écoles. Avec cette décision, ces écoles privées, notamment les fondamentales, ne reçoivent plus de revenus.

Des enseignants dans le regret

Cette situation frappe plus sévèrement le personnel enseignant évoluant dans ces établissements privés. Depuis fin mars 2020, la galère est le quotidien de ces enseignants. Ils sont sans salaire et sans aucun accompagnement, ni de la part de leur employeur ni de la part des pouvoirs publics.

« Si je trouve aujourd’hui une autre activité génératrice de revenus, je vais abandonner l’enseignement. L’exercice de ce métier, surtout dans les écoles privées, n’honore pas », me confie M. Diakité, enseignant dans une école privée à Bamako.

Sur les réseaux sociaux, quelques voies se lèvent pour dénoncer la situation. Mais faudrait-il réellement en vouloir aux promoteurs de ces écoles ? D’une certaine manière non. Puisqu’au niveau fondamental, tout le fonctionnement de l’école reste tributaire du paiement des frais d’étude par les parents d’élèves.

« Avec le Covid-19 qui a entrainé la fermeture des classes, aucun parent ne vient payer de frais d’études », déplore Aboubacar Koné, administrateur d’un complexe scolaire à Bamako. Selon celui-ci, même pour le niveau secondaire, qui dépend des subventions de l’État, c’est la même situation. Parce qu’on ne sait pas encore quand ces subventions vont être payées ou si elles le seront.

Non-respect du statut de l’enseignement privé

S’il faut chercher un coupable dans cette situation que subissent les enseignants des écoles privées de mon pays, c’est bien l’État. Car les conditions à remplir pour la création d’un établissement privé ne sont pas respectées. C’est ce qui aggrave cette situation.

Dans l’article 5 du décret 94-276/PRM fixant les modalités d’application de la loi portant statut de l’enseignement privé en République du Mali, il est indiqué que l’accès à une autorisation d’ouverture d’école est conditionné à la possession d’un compte bancaire alimenté. « Fournir l’attestation de compte en banque ou chèque postal bloqué indiquant que l’intéressé dispose d’une somme égale au moins au montant du salaire trimestriel du personnel de l’établissement », lit-on dans ce document.

Une loi négligée

Cette loi est rarement prise en compte dans la création des écoles privées au Mali. Les promoteurs créent leur établissement sans ressources de fonctionnement. Parce qu’ils misent tout sur les frais d’études des enfants.

Les enseignants sont ceux qui souffrent le plus de cette situation. Car même la réouverture des écoles le 2 juin prochain ne sera pas une solution pour la plupart d’entre eux. Cette ouverture ne concernera que ceux qui détiennent des classes d’examen. Pour les autres, il faudrait attendre la rentrée 2020-2021 pour commencer à percevoir à nouveau un salaire.

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