Quand la plume de l’histoire se heurte à l’épée de la mémoire

Article : Quand la plume de l’histoire se heurte à l’épée de la mémoire
Crédit: Erica Kowal via Wikicommons
29 juillet 2024

Quand la plume de l’histoire se heurte à l’épée de la mémoire

Dimanche 28 juillet 2024, Ousmane Sonko, Premier ministre du Sénégal et président du parti Pastef-Les Patriotes, a réagi à la décision de la France d’attribuer la mention « morts pour la France » à six tirailleurs sénégalais exécutés à Thiaroye en 1944. 

« Tout change, tout évolue ; seuls les imbéciles ne changent pas. », chantait Alpha Blondy. Il est grand temps pour la France ainsi que l’ensemble des oppresseurs du monde entier de comprendre et de s’en convaincre que les choses ont changé et que la période de l’oppression est révolue. Cette décision de la France, prise le 18 juin dernier, d’attribuer la mention « morts pour la France » à six tirailleurs sénégalais exécutés à Thiaroye en 1944, est perçue par certains comme une avancée significative.

Cependant, Sonko n’a pas caché son scepticisme et a signé son message en tant que leader de son parti plutôt qu’en tant que Premier ministre. Il déclare : « Nous demandons au gouvernement français de revoir ses méthodes, car les temps ont changé ! » Cette reconnaissance tardive soulève en effet des questions. Pourquoi maintenant, alors que le Sénégal s’apprête à commémorer le 80e anniversaire de cette tragédie ? Est-ce une coïncidence ou une tentative de la France de réécrire cette page sombre de l’histoire à sa manière ?

Pas vers la réconciliation et la justice historique

Il faut donc rappeler que ces soldats africains ont été trahis et abattus après avoir contribué à la libération de la France pendant la Seconde Guerre mondiale. La France ne peut plus prétendre être la seule à écrire et interpréter cette histoire. Ce n’est pas à elle de décider du nombre de victimes ni de la nature des réparations nécessaires.

Comme le souligne Sonko, « Thiaroye 44, comme tout le reste, sera remémoré autrement désormais. » Cette déclaration est un appel à une reconnaissance véritable et partagée de cette tragédie, où les voix africaines prennent leur place légitime dans la narration et la commémoration de leur propre histoire.

La reconnaissance des tirailleurs de Thiaroye ne doit pas se limiter à une mention honorifique tardive. Elle doit inclure un dialogue ouvert sur les réparations et la mémoire collective, impliquant directement les descendants de ces soldats et les nations africaines concernées. Cette démarche serait un véritable pas vers la réconciliation et la justice historique.

« Les temps ont changé »

En signant en tant que président de Pastef-Les Patriotes, Sonko marque une distinction claire entre sa position politique et son rôle officiel, soulignant l’importance de cette question au-delà des fonctions gouvernementales. C’est un rappel que la lutte pour la justice et la reconnaissance des victimes de Thiaroye est une cause qui transcende les titres et les positions politiques.

Il est donc grand temps que l’histoire de Thiaroye 44 soit racontée par ceux qui en ont le droit, et que les leçons de cette tragédie soient pleinement intégrées dans notre mémoire collective. Comme le dit Sonko, « les temps ont changé », et avec eux, notre manière de faire face à notre passé doit également évoluer.

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