Le prix de la souveraineté

Article : Le prix de la souveraineté
Crédit: © Olympia de Maismont / AFP / France 24 / RTN / Montage RFI
18 juillet 2024

Le prix de la souveraineté

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont récemment quitté la Cédéao, cherchant à renforcer leur souveraineté. Cette décision, bien que coûteuse, incarne la détermination de ces nations à préserver leur indépendance et à affronter les défis futurs avec résilience.

Suite au retrait du Mali, du Niger et du Burkina Faso de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), de nombreux médias ont publié des analyses et des chroniques mettant en lumière les répercussions économiques et financières de cette décision. Les États, tout comme les individus, sont contraints de faire des choix, et chaque choix comporte des conséquences qu’il nous faut assumer pour espérer atteindre nos objectifs.

Je me souviens encore du jour où, étudiant en DEUG II (Diplôme d’études universitaires générales), qui correspond à la Licence II sous le système LMD (Licence-Master-Doctorat), j’ai décidé de prendre ma responsabilité et devenir indépendant de mon oncle, mon logeur à Bamako. Mon mariage était annoncé dans quelques mois et je devais, une fois dans ma vie, m’habituer aux responsabilités de chef de famille. C’est ainsi que j’ai pris une chambre unique en location, communément appelée « entrée-coucher », à 3000 FCFA par mois.

Le bonheur est au bout des épreuves 

Dans ma petite famille, je m’efforçais désormais aussi, en plus des frais de location, de me payer à manger. Parfois, je donnais de l’argent à ma fiancée pour qu’elle me cuisine, malgré la précarité de ma situation. Étudiant sans autres ressources financières, je me suis retrouvé à exercer des activités extra-scolaires. Je suis devenu ouvrier dans les chantiers ou au bord du fleuve, déchargeant des pirogues de sable. Malgré tout, le propriétaire de la maison devait souvent attendre deux à trois mois pour ne recevoir que le paiement d’un mois de loyer. Je me suis marié dans un tel contexte, et les charges se sont multipliées. Parfois, mon épouse et moi, nous nous contentions d’un seul repas par jour. C’est le prix de la volonté de devenir indépendant.

Le prix de la liberté est toujours cher, que ce soit pour un individu ou pour un État. Le départ du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la Cédéao a bien un prix à payer. Les chefs d’État de ces pays le savent bien et c’est la raison pour laquelle ils ne cessent d’exhorter leur peuple respectif à plus de résilience. On accède difficilement au bonheur sans traverser des difficultés. Ce sont ces épreuves qui nous fortifient et nous poussent à innover pour survivre. 

Des partenaires peu fiables aux partenaires sincères 

Dans la jungle, toutes les catégories d’animaux coexistent, les uns plus forts que les autres. Mais chaque espèce invente des stratégies pour survivre dans ce milieu où règne la loi du plus fort. Cela est pareil pour les États, surtout ceux qui cherchent à se faire respecter et à se frayer leur propre voie dans ce monde où l’on a l’impression de retourner à l’état de nature décrit par Thomas Hobbes : « L’homme est un loup pour l’homme. »

Les pays de l’Alliance des États du Sahel, qui ont récemment fondé une confédération, sont conscients des difficultés qu’ils devront traverser pour consolider leur souveraineté. Après avoir mis à la porte des partenaires jugés peu fiables comme la France, les États-Unis ou l’Allemagne, ils se tournent vers des partenaires qu’ils considèrent plus sincères comme la fédération de la Russie, la République de Turquie ou encore la République populaire de Chine. Leur décision de défendre la souveraineté de leur État n’est pas sans conséquence sur la vie des citoyens. Ces derniers doivent comprendre que c’est le prix à payer pour bénéficier de leur richesse, pour rester maîtres de leurs décisions, et donc de leur État.

La détermination et la persévérance pour un avenir meilleur 

Cette quête de souveraineté exige des sacrifices. Les sanctions économiques imposées par la Cédéao et les pressions internationales ne facilitent pas la tâche. Cependant, les autorités de la transition sont déterminées à surmonter ces obstacles. Elles s’appuient sur les ressources locales et encouragent l’innovation et l’autosuffisance.

Les citoyens sont appelés à faire preuve de résilience et à soutenir les efforts de leur gouvernement respectif. Ils doivent comprendre que les difficultés actuelles sont temporaires et qu’elles sont nécessaires pour construire un avenir meilleur. Comme dans mon propre parcours d’indépendance, où chaque défi relevé a renforcé ma détermination et ma capacité à surmonter les obstacles, les épreuves que traversent le Mali, le Burkina Faso et le Niger renforceront leur souveraineté et leur position sur la scène internationale.

La souveraineté a un prix, mais elle en vaut la peine. Les nations doivent être prêtes à endurer des moments difficiles pour protéger leur indépendance et leur dignité. La résilience, la solidarité et l’innovation sont les piliers sur lesquels ces nations doivent s’appuyer pour surmonter les défis et réaliser leur vision de souveraineté. Le chemin est ardu, mais avec détermination et persévérance, ces pays peuvent atteindre leur objectif et garantir un avenir meilleur pour leurs citoyens.

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