Liberté de la presse au Mali : jusqu’où peut-on aller ?

Article : Liberté de la presse au Mali : jusqu’où peut-on aller ?
Crédit: Dans un kiosque à journaux à Bamako. Issouf Sanogo / AFP
9 janvier 2025

Liberté de la presse au Mali : jusqu’où peut-on aller ?

En pleine transition politique, le Mali cherche à concilier liberté d’expression et préservation de la stabilité nationale. À travers le prisme du paradoxe de Karl Popper, les autorités maliennes semblent définir les limites d’une presse libre pour protéger les intérêts supérieurs du pays.

Dans un pays en transition politique et confronté à des défis sécuritaires et socio-économiques, la question de la liberté de la presse n’est pas une problématique mineure. Le Mali, en pleine refondation institutionnelle après les récents bouleversements politiques, est à la croisée des chemins. Les autorités maliennes, menées par le Président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, se trouvent devant un dilemme majeur : garantir la liberté de la presse, tout en préservant la stabilité nationale et l’ordre public. Cela invite à une réflexion plus large sur les limites à imposer à cette liberté dans un contexte aussi fragile.

Le Mali a toujours été un terrain complexe pour les médias. Si la presse malienne jouit d’une certaine vivacité, elle n’est pas sans défis. Les tensions politiques, l’expansion des groupes terroristes, et les pressions économiques sur les organes de presse ont créé un climat où la recherche de la vérité s’entremêle parfois à des risques de désinformation et d’instrumentalisation. Dans ce contexte, les autorités ont pris des mesures pour encadrer certaines pratiques médiatiques, justifiant ces restrictions par la nécessité de préserver la souveraineté et l’unité nationales.

Le paradoxe de la liberté chez Popper

Ce débat trouve une résonance particulière dans le « paradoxe de la liberté », tel qu’exposé par le philosophe Karl Popper. Selon lui, une liberté absolue, sans limites, peut conduire à sa propre destruction. Si la presse, sous prétexte de liberté totale, donne une tribune à des discours haineux, subversifs ou faux, elle devient un danger pour la société qu’elle prétend servir. En ce sens, limiter la liberté n’est pas toujours un acte de censure, mais peut-être une condition nécessaire pour garantir le bien commun.

Depuis les coups d’État de 2020 et 2021, le Mali traverse une période de transition. Les autorités actuelles ont entrepris de vastes réformes politiques et économiques, notamment la refonte de la Constitution et la nouvelle politique minière. Dans un tel contexte, la désinformation et les manipulations médiatiques représentent un risque réel pour la cohésion nationale. 

Des cas récents d’intoxications médiatiques sur des sujets sensibles, comme les relations diplomatiques ou les questions de défense, ont montré à quel point une presse irresponsable peut alimenter des tensions inutiles. Un cas encore d’actualité : les révélations du président de la transition sur les raisons du retard dans l’installation des centrales solaires. Cette déclaration sur des constructions anarchiques sur le site devant abriter la centrale de Safo a été mal inter-interprétée par certains cadres politiques et certains citoyens de mauvaise foi, dont l’objectif principal ne serait que la déstabilisation de la transition ou d’autres intentions malsaines. 

Des initiatives pour un encadrement responsable

Les autorités maliennes, tout en réaffirmant leur attachement à la liberté d’expression, ont initié des mesures pour encadrer le secteur médiatique. Ces mesures visent à renforcer la responsabilité des journalistes, à lutter contre les fausses informations, et à protéger le pays contre les campagnes de déstabilisation. La création d’un cadre législatif plus strict et d’une régulation renforcée s’inscrit dans cette logique.

La liberté de la presse, bien qu’essentielle à une démocratie naissante comme celle du Mali, ne peut s’exercer sans responsabilité. Dans un pays en guerre contre le terrorisme et en quête de reconstruction, les journalistes ont un rôle à jouer : informer, éduquer, et accompagner la nation dans son processus de refondation, à travers un « traitement patriotique » de l’information. Cependant, cette liberté doit être exercée dans le respect de l’éthique journalistique et des impératifs de stabilité nationale.

Une liberté nécessairement limitée

Limiter la liberté de la presse n’est pas un aveu de faiblesse démocratique, mais un acte de sauvegarde des valeurs collectives. Comme le disait Popper, la tolérance illimitée finit par détruire la tolérance. Au Mali, en cette période cruciale de transition, il est impératif de concilier la liberté de la presse avec une régulation adaptée, pour que cette liberté serve véritablement la démocratie et non les intérêts particuliers.

En repensant le rôle des médias dans une société en transformation, le Mali peut espérer trouver un équilibre entre ouverture et responsabilité, garantissant ainsi un avenir où la presse joue son rôle de quatrième pouvoir sans compromettre la souveraineté et l’unité du pays.

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